Grâce à la PME québécoise NuRAN Wireless, des régions rurales d’Afrique de l’Ouest ont accès au réseau cellulaire.
Présente en République démocratique du Congo (RDC) et au Cameroun, l’entreprise de Québec cotée en Bourse (NUR) installe des tours de télécommunication qui fonctionnent avec de l’énergie solaire et qui ne sont reliées à aucun réseau électrique et de fibre optique. Elle compte s’étendre au Bénin, au Ghana et en Côte d’Ivoire, car les besoins sont immenses.
« On doit construire 5000 tours dans les cinq prochaines années, explique en entrevue Francis Létourneau, président et chef de la direction de NuRAN Wireless. On en a plein les bras. »
Son modèle d’affaires est simple. Elle s’associe avec deux géants des télécommunications Orange et MTN pour fournir un signal cellulaire dans des communautés de 5000 à 7000 personnes sur un rayon allant jusqu’à sept kilomètres.
« On se charge à nos frais d’installer les tours, puis on sépare moitié-moitié les revenus engendrés avec nos partenaires qui fournissent le service cellulaire, mentionne-t-il. On fait la gestion clé en main. On a des ententes sur dix ans avec eux. On a débuté avec la 2G et on fait une transition vers la 3G et on va commencer cette année avec la 4G. »
Il explique que les usagers africains achètent des forfaits prépayés en déboursant quelques dollars mensuellement. Puisque le taux d’abonnés peut s’élever au quart de la population locale, les revenus sont suffisants pour rentabiliser les tours en 16 mois. « C’est un modèle d’affaires lucratif, dit-il. C’est plus sécuritaire que d’être en mode de vente d’équipement. On va atteindre la rentabilité cette année après avoir commencé en 2022. »
La PME vise donc à générer des revenus à long terme en créant des actifs. Elle est en pourparlers avec des institutions financières comme la Banque mondiale et la Banque africaine de développement pour financer la construction d’infrastructures.Tout n’a pas été rose pour NuRAN Wireless en Afrique de l’Ouest. Son parcours a été marqué par des erreurs. L’entreprise a commencé à installer des tours en RDC, le pays le plus complexe de la région où faire des affaires selon Francis Létourneau.
«On a appris à la dure, précise-t-il. Naïvement, je croyais que le monde nous attendrait avec les bras ouverts et qu’on nous aurait facilité la tâche, car on offrait un service à des populations isolées. Mais quand on a commencé à opérer, les agences gouvernementales ont voulu nous taxer. Toutes ces taxes-là sont cependant négociables. »
L’embauche comme directeur des finances d’un Ivoirien qui avait de l’expérience de haut niveau dans les télécommunications en Afrique de l’Ouest a permis d’ouvrir des portes et d’accéder à un réseau de contacts et de connaissances.
« Pour être capable de faire ce qu’on a fait, on est allé chercher des expatriés et des personnes locales de l’industrie connectée sur l’Afrique », note le patron.
Francis Létourneau reconnait que de foncer tête baissée a entraîné certains pépins. « L’aspect logistique est complexe, car on devait se déployer dans des sites au milieu de nulle part en RDC, affirme-t-il. Il fallait traverser des cours d’eau et parfois porter l’équipement à dos d’hommes. »
« Pour certaines des premières installations, on s’est trompé: la capacité de payer était faible même si le nombre de personnes était suffisant. On aurait dû faire des études de marché plus poussées », poursuit-il.
L’entreprise a cependant appris de ses erreurs en faisant davantage un travail en amont, notamment en utilisant des outils virtuels pour identifier les populations enclavées. Ses équipes sur le terrain qui regroupe une vingtaine de personnes ont aussi amélioré leur façon de faire. Leur nombre devrait doubler cette année.
« Aujourd’hui, la recette est bien ficelée, mentionne-t-il. On ne veut pas s’arrêter en Afrique. Ultimement, on souhaite aller en Amérique latine. On désire ouvrir de nouveaux marchés où la rentabilité n’est pas au rendez-vous pour le moment. »
Étonnamment, ces marchés incluent également le Canada. « Ici, ce sont des zones non couvertes comme routes, soutient-il. Pour Bell et Telus, c’est impossible à rentabiliser, mais notre émetteur radio est gros comme une boite de soulier et roule avec 60 watts, soit l’équivalent d’une ampoule. On pourrait donc rentabiliser une tour de 30 000 $. »
NuRAN a proposé un projet pilote au gouvernement du Québec pour des essais sur la Côte-Nord, en Gaspésie et au nord de Québec. L’entreprise attend une réponse qui pourrait déboucher sur des installations dès cette année si elle reçoit le feu vert.
Source : Les Affaires


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