Portraits

Olivier Émond, guide québécois de Safari en Tanzanie

Si vous comptez vous offrir un séjour en Tanzanie, vous pourriez bien tomber sur une drôle de bête : originaire de Québec, Olivier Émond s’est établi en Afrique depuis une décennie, où il est devenu guide de safari. Initialement professeur de français, il parle désormais l’une des plus belles langues, celle des animaux de la savane.

D’abord, il pourchassait les ballons ovales, à titre de capitaine du Vert & Or de l’Université de Sherbrooke. Parallèlement, il plaquait les temps de verbe, comme étudiant en enseignement du français. En bout de course, il piste les bêtes, petites et grandes, peuplant la brousse tanzanienne. Mais cette trajectoire inattendue est peut-être racontée un peu trop vite. Retour en arrière.

En 2015, Olivier Émond prépare son baccalauréat, tout en s’investissant dans le football universitaire. Avec son entraîneur Wilson St-Jean, il gravit le Kilimandjaro, pour collecter des fonds destinés à une maison des jeunes. Marqué par l’aventure, il retourne en Tanzanie l’année suivante. « Le 13 avril 2016, je finissais mon bac. Le 17, j’étais en Tanzanie pour donner des cours de français à des guides. Puis j’ai obtenu un poste d’enseignant dans une école internationale. J’avais prévu rester deux ans », se souvient-il. De fil en aiguille, il devient responsable du programme scolaire de plein air, puis accumule les expériences de guide. En 2024, sa passion pour la faune, la culture et la géohistoire tanzaniennes prend le dessus. Le Québécois sera désormais guide de safari à temps complet, une cape rarement endossée par des Occidentaux.

Immersion pédestre

Engagé par l’entreprise Dorobo, établie depuis plus de 40 ans, Olivier précise que les expéditions qu’il encadre sont, tout comme lui, assez particulières : il s’agit de safaris à pied (walking safaris), permettant une immersion optimale dans la savane. De là, on peut amorcer des randonnées ou de petits trajets en auto, avant d’en descendre pour explorer les sites prisés par des animaux spécifiques. « C’est un peu l’expérience ultime en safari, qui nous ramène à l’origine humaine, à l’Homo sapiens. Le but n’est plus de voir les animaux le plus près possible, mais de comprendre comment ils se comportent dans un tel territoire », poursuit le guide.

Angles morts

Sur le terrain, il accompagne les aventuriers désireux d’observer le quintette royal : lions, léopards, rhinocéros noirs, buffles et éléphants. Mais aussi gnous, zèbres, reptiles, oiseaux et insectes formant un écosystème ultrariche et complexe. Pour mieux décrypter leurs comportements, Olivier a longuement étudié sa bible, The Behavior Guide to African Mammals, un imposant guide éthologique.

« Si on croise un impala, on pourrait juste prendre une photo et passer à autre chose. Mais on ne verrait pas que ces antilopes reniflent une glande derrière leur talon et s’en servent comme système de communication. Il y a ainsi plein d’angles morts à découvrir avec des guides formés pour ça, permettant d’accéder à un monde magique, où tout est connecté, proche d’Avatar ! »

Swahili compris

Outre les ponts avec le monde animal, le guide québécois a tissé des liens avec des ethnies locales, dont les Hadza, chasseurs-cueilleurs ayant une lecture fine de leur environnement. Ce dernier a d’ailleurs puisé dans son expérience pédagogique pour maîtriser le swahili, la langue nationale, et s’initier au hadza, lui ouvrant des portes culturelles ; il a même eu l’honneur de recevoir un arc traditionnel. Malgré ses efforts d’intégration globalement payants, être l’un des rares guides occidentaux suscite encore des réactions, comme des cris de surprise ou des malentendus que même des réponses en swahili ne désamorcent pas. Peu importe, « la connexion finit par s’établir grâce à l’ouverture », dit-il, philosophe.

Au moins le guide peut-il compter sur son animal totem, l’éléphant. « Ils me fascinent. Avec un bon contact, on peut développer un lien, ils vont se souvenir de ton odeur, de ta voix, même 10 ans plus tard ! »

Source : lapresse.ca

Auteur: Sylvain Sarrazin

Photo : Le Journal de Québec