Portraits

Canada-Burundi : Iwacu présente l’humanisme sans caméra d’Axel Iragaba

Jusqu’à ce jour, il avait choisi d’écouter l’histoire des autres. Pas de raconter la sienne. Entre le Burundi et le Canada, Axel Iragaba construit une forme d’humanisme sans badge ni projecteur. Son initiative, Kerith Care, vient en aide à des enfants perchés dans le feuillage de la pauvreté. Un documentaire récemment diffusé lève le voile sur cet engagement discret, porté surtout par des femmes burundaises dont la résilience force le respect.

Là où tout recommence

Quand, pour la première fois, Axel revient au Burundi en 2023, le pays de son enfance lui paraît à la fois familier et étranger. Les odeurs, les voix, la chaleur humaine lui paraissaient dérangées. Dans les rues, il croise trop d’enfants, seuls. Trop de regards fatigués pour être ceux de l’insouciance.

Il apprend que beaucoup ont quitté l’école. Non par manque de désir d’apprendre, mais parce que la pauvreté impose d’autres urgences: trouver à manger, survivre au jour le jour. Les filles sont exposées à des violences qui les marquent pour la vie; les garçons, parfois, glissent vers la drogue ou de petites formes de banditisme. Des réalités sérieusement documentées par des organisations comme UNICEF.

Ce que montre le documentaire, c’est la ligne de crête sur laquelle vivent ces familles: une pauvreté extreme. Et pourtant, une obstination à tenir debout.
« Ce film n’est pas l’histoire d’un héros. C’est l’histoire de femmes et d’enfants qui refusent de céder à l’effondrement. Une implication multinationale discrete et humble. » — Audace Machado, réalisateur.

Le long détour par le Nord

Avant ce retour, Axel a grandi ailleurs. Arrivé très jeune au Canada, il découvre un autre rapport au temps, à l’avenir, à l’école. Flora et Claire, ses marraines, l’orientent vers l’Université du Québec en Outaouais, puis il poursuit son parcours à York University, à Toronto.

Les relations internationales lui offrent des mots pour nommer ce qu’il pressent déjà: les déséquilibres, les héritages de la violence, les fractures invisibles entre le Nord et le Sud. Mais ces mots restent théoriques jusqu’à ce qu’il retrouve le sol de son enfance. Là, la théorie se heurte à la peau des vies réelles.

Kerith Care, ou l’aide sans drapeau

Il n’y a pas de logo clinquant, pas de campagne d’image. Kerith Care naît dans la proximité: une mère qui n’a plus de quoi nourrir ses enfants, une éducatrice qui refuse de voir une fillette quitter l’école, de jeunes bénévoles qui accompagnent des adolescents vers des lieux de prière. Un père, vigile de locaux administratifs qui, chaque matin rentre, pâli, vieilli et abattu par un sommeil inoxydable.

Puis, ce sont surtout des femmes qui tiennent la structure. Des mères appauvries, des éducatrices, parfois des volontaires de différents âges. Leur leadership est discret, mais fondamental. Le documentaire leur donne un visage, une voix, sans jamais tomber dans le spectaculaire.

Axel, lui, reste en retrait. De ces bénéficiaires qui d’ailleurs ne l’ont jamais rencontré, parlent d’un engagement inspiré de l’Ubuntu: l’idée que l’on ne se construit qu’avec et par les autres. « Sans badge, sans drapeau, sans caméras », répètent-ils.

De la dignité humaine: un nouveau “We are the world”!

Le réalisateur Audace Machado a choisi une mise en scène sobre, presque effacée. Le film ne cherche pas l’émotion facile. Il capte des silences, des gestes, des regards. La réalisation et collaboration avec des équipes variées, d’Ottawa à Bruxelles, de Paris au Burundi expose une solidarité existante et un souhait d’accompagnement multiforme.
Diffusé d’abord sur une radio communautaire francophone, autour des prairies et boisements du Saskatoon et Regina – ouest du Canada-, le documentaire circule aujourd’hui bien au-delà de l’Elkwater et des 10 000 lacs. Il a survolé les deux océans pour atteindre les salons et les esprits européens et africains.

Non comme un objet de consommation médiatique, mais comme une invitation à voir autrement l’aide humanitaire: non pas comme une ONG dans le sens traditionnel, ni un grand récit héroïque. Mais une somme de gestes modestes, répétés, chaque jour.

Ce que l’on emporte avec soi

À la fin du film, il ne reste ni slogans ni ronrons de 4×4. Il reste des visages. Ceux des mères qui veillent sans dormir. Ceux des enfants qui, malgré tout, rient encore. Et l’impression tenace que l’humanisme le plus solide est souvent celui qui ne se montre pas.

Kerith Care est d’une magnitude d’un écart minuscule entre une journée de rue et un retour à l’école: parfois toute une vie qui bascule.

Source : iwacu-burundi.org